Les bugs de jeux vidéo devenus cultes sont ces erreurs de programmation que personne n’avait prévues et que personne n’a voulu oublier : MissingNo. dans Pokémon, le Minus World de Super Mario Bros., les combos de Street Fighter II, le Gandhi nucléaire de Civilization ou encore la pandémie du Sang Vicié dans World of Warcraft. Ces glitchs ont traversé les décennies, inspiré des légendes urbaines, créé des mécaniques de jeu entières et fait naître la communauté du speedrun.
Un bug, en théorie, c’est un échec. Une ligne de code qui déraille, une valeur qui déborde, une collision mal calculée. Et pourtant, dans l’histoire du retro gaming, certains de ces accidents sont devenus plus célèbres que les jeux eux-mêmes. Des cartouches NES de 1985 aux open worlds de 2020, on te propose un voyage à travers vingt bugs cultes, classés du plus légendaire au plus récent, avec à chaque fois une explication claire de ce qui s’est réellement passé dans la machine.
Prépare ta console retrogaming : certains de ces glitchs sont encore reproductibles aujourd’hui, et ça vaut vraiment le détour.
Pourquoi certains bugs deviennent cultes et d’autres non
Tous les bugs ne se valent pas. Un jeu qui plante, c’est frustrant et vite oublié. Un bug devient culte quand il remplit au moins l’une de ces conditions :
- Il crée quelque chose de nouveau : un niveau caché, un personnage inexistant, une technique de jeu inédite
- Il est reproductible : chaque joueur peut le vivre chez lui, le raconter à la cour de récré, le transmettre
- Il nourrit un mystère : les joueurs inventent des théories, les magazines s’en emparent, les développeurs restent silencieux
- Il finit par être adopté officiellement : le bug devient une fonctionnalité, un clin d’œil ou un meme assumé par l’éditeur
Les contraintes techniques des années 80 et 90 expliquent beaucoup de choses. Avec des cartouches de 32 ou 64 Ko et des processeurs 8 bits, le moindre octet comptait. Les développeurs réutilisaient des zones de mémoire, bricolaient des raccourcis, et c’est précisément dans ces zones grises que les bugs les plus fascinants sont nés. Si tu veux comprendre comment ces machines fonctionnaient, notre guide des meilleurs émulateurs rétrogaming te donne toutes les clés techniques.
Le tableau récapitulatif des 20 bugs cultes

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| Rang | Bug | Jeu | Année | Type de bug |
|---|---|---|---|---|
| 1 | MissingNo. | Pokémon Rouge / Bleu | 1996 | Corruption mémoire |
| 2 | Minus World | Super Mario Bros. | 1985 | Lecture de données hors zone |
| 3 | Les combos | Street Fighter II | 1991 | Bug devenu mécanique |
| 4 | Les aliens qui accélèrent | Space Invaders | 1978 | Limite matérielle |
| 5 | Kill screen niveau 256 | Pac-Man | 1980 | Dépassement 8 bits |
| 6 | Kill screen niveau 22 | Donkey Kong | 1981 | Dépassement de calcul |
| 7 | Gandhi nucléaire | Civilization | 1991 | Légende urbaine |
| 8 | Sang Vicié (Corrupted Blood) | World of Warcraft | 2005 | Propagation non prévue |
| 9 | Backwards Long Jump | Super Mario 64 | 1996 | Physique non plafonnée |
| 10 | Wavedash | Super Smash Bros. Melee | 2001 | Bug devenu technique pro |
| 11 | Pause trick | Mega Man | 1987 | Frames d’invincibilité |
| 12 | Vanish + Doom | Final Fantasy VI | 1994 | Logique de combat |
| 13 | Ermac | Mortal Kombat | 1992 | Faux bug devenu personnage |
| 14 | Tilt glitch | GoldenEye 007 | 1997 | Contact cartouche |
| 15 | Les géants catapultes | Skyrim | 2011 | Physique ragdoll |
| 16 | La balançoire | GTA IV | 2008 | Collision |
| 17 | Donkey Lady | Red Dead Redemption | 2010 | Modèle 3D mal assigné |
| 18 | Visages sans peau | Assassin’s Creed Unity | 2014 | Textures non chargées |
| 19 | Super Bounce | Halo 2 | 2004 | Collision du sol |
| 20 | T-pose et compagnie | Cyberpunk 2077 | 2020 | Animations non chargées |
1. MissingNo. — Pokémon Rouge et Bleu (1996)
Impossible de commencer ailleurs. MissingNo. (pour “Missing Number”, numéro manquant) est le bug le plus célèbre de l’histoire du jeu vidéo. Sur Game Boy, en parlant à un vieil homme à Jadielle puis en surfant le long de la côte est de l’île Cramois’Île, les joueurs tombaient sur une créature difforme, faite de pixels aléatoires, qui n’était pas censée exister.
Techniquement, le jeu stocke temporairement le nom du joueur dans la mémoire réservée aux rencontres de Pokémon sauvages. En surfant sur une zone sans table de rencontre, la Game Boy lit ce nom comme une liste de Pokémon : les lettres deviennent des identifiants, et l’un d’eux pointe vers une case vide du Pokédex. MissingNo. est littéralement un trou dans les données.
Le détail qui a rendu ce bug mythique : capturer MissingNo. multipliait par 128 le sixième objet de ton inventaire. Des Super Bonbons, des Master Balls à l’infini… Nintendo of America a officiellement reconnu le bug et averti que la sauvegarde pouvait être corrompue. En 2024, la chaîne YouTube officielle de Pokémon y a même fait un clin d’œil, près de trente ans plus tard. Un bug sanctifié.
“Nous vous recommandons de ne pas attraper MissingNo. : votre partie pourrait être altérée.” — avertissement officiel de Nintendo of America, 1999
2. Le Minus World — Super Mario Bros. (1985)

Le Minus World est le grand-père de tous les niveaux cachés. À la fin du monde 1-2 de Super Mario Bros. sur NES, en se plaçant correctement contre le mur de briques juste avant la Warp Zone et en sautant à reculons, Mario traverse le mur. En entrant alors dans le premier tuyau, le joueur arrive dans un monde “-1” : un niveau aquatique sans fin, qui boucle sur lui-même jusqu’à l’extinction de la console.
L’explication est magnifique de simplicité. Le jeu lit l’identifiant du monde dans une zone mémoire qui n’a pas encore été mise à jour, et l’affiche sous la forme d’un caractère vide suivi d’un “1”. Le “moins” n’en est pas un : c’est simplement un espace que l’œil humain interprète comme un tiret.
Sur la version japonaise Famicom Disk System, le Minus World contient même plusieurs niveaux jouables, avec des sprites de Bowser et de la princesse flottant dans l’eau. Un bug qui a créé une légende, et que tu peux encore reproduire aujourd’hui sur n’importe quelle console retro équipée du jeu original.
3. Les combos — Street Fighter II (1991)
Voilà le bug qui a inventé un genre. Chez Capcom, le producteur Noritaka Funamizu teste la phase bonus de Street Fighter II, celle où l’on démolit une voiture, et remarque qu’en enchaînant très vite deux coups, le second touche avant que l’adversaire ait pu réagir. C’est une erreur de timing dans la fenêtre d’annulation des animations.
Funamizu décide de laisser le bug en place, en estimant qu’il serait trop difficile à exploiter pour les joueurs ordinaires. Erreur de jugement historique : les joueurs d’arcade l’ont trouvé en quelques semaines, et le combo est devenu la mécanique centrale de tous les jeux de combat qui ont suivi. Tekken, Mortal Kombat, Guilty Gear, Smash Bros. : tous descendent de ce bug.
Street Fighter II avait d’ailleurs d’autres glitchs mémorables, comme les fameuses “menottes” de Guile qui collaient les deux combattants l’un à l’autre jusqu’à la fin du round. Pour redécouvrir ce monument de l’arcade, jette un œil à notre classement des 22 meilleurs jeux d’arcade de tous les temps.
4. Les aliens qui accélèrent — Space Invaders (1978)
Le plus ancien bug de cette liste est aussi le plus élégant. Dans Space Invaders de Taito, les envahisseurs descendent de plus en plus vite à mesure que tu les élimines. Cette montée d’angoisse est devenue la signature du jeu. Sauf qu’elle n’était pas prévue.
Le processeur Intel 8080 de la borne était trop lent pour animer 55 aliens à la fois. Tomohiro Nishikado, le créateur, a constaté que moins il restait d’ennemis à dessiner, plus le jeu tournait vite. Au lieu de corriger cette limite matérielle, il l’a gardée comme mécanique de difficulté. Un défaut de performance transformé en chef-d’œuvre de game design, qui a influencé 45 ans de shoot’em up.
5. Le kill screen du niveau 256 — Pac-Man (1980)
Pac-Man est théoriquement infini. En pratique, il s’arrête au niveau 256, avec un écran coupé en deux : la moitié gauche normale, la moitié droite remplie de lettres et de symboles incohérents. C’est le kill screen le plus connu de l’arcade.
La cause est un dépassement classique : le compteur de niveaux est stocké sur un seul octet (8 bits), donc limité à 255. Au niveau 256, il repasse à zéro, et la routine qui dessine les fruits en bas de l’écran tente d’afficher 256 fruits au lieu de 7, écrasant la moitié du labyrinthe avec des données parasites. Il reste trop peu de pac-gommes accessibles pour terminer le niveau : la partie est bloquée pour toujours.
Le score parfait de Pac-Man, 3 333 360 points, consiste donc à tout manger, tout attraper, sur 255 niveaux, puis à mourir face au mur du 256. Billy Mitchell l’a réalisé pour la première fois en 1999, et il reste l’un des exploits les plus respectés du retro gaming compétitif.
6. Le kill screen du niveau 22 — Donkey Kong (1981)

Même famille, même décennie. Dans Donkey Kong, Jumpman meurt systématiquement quelques secondes après le début du niveau 22, sans qu’aucun tonneau ne le touche. Le jeu calcule le temps de bonus avec une formule qui augmente à chaque niveau, et au niveau 22, le résultat dépasse 255 et retombe à une valeur minuscule. Le chrono expire presque instantanément.
Ce bug est au cœur du documentaire The King of Kong (2007), qui raconte la rivalité entre Billy Mitchell et Steve Wiebe pour le record mondial. Atteindre le kill screen de Donkey Kong est devenu le Graal des joueurs d’arcade. Pour prolonger cette époque pionnière, notre top 30 des meilleurs jeux Atari explore les autres classiques des premières années.
7. Le Gandhi nucléaire — Civilization (1991)
C’est le bug le plus célèbre qui n’a probablement jamais existé. La légende dit que dans le premier Civilization, l’agressivité de Gandhi était fixée à 1 sur 10, et que l’adoption de la Démocratie réduisait cette valeur de 2. Stockée sur un octet non signé, la valeur -1 serait devenue 255, transformant le pacifiste en dictateur bardé de missiles nucléaires.
L’explication technique est parfaite, elle circule depuis des années… et Sid Meier lui-même l’a démentie dans ses mémoires publiées en 2020 : aucun mécanisme de ce type n’existait dans le code original. Le Gandhi nucléaire est donc une légende urbaine devenue si populaire que Firaxis l’a rendue vraie : dans Civilization V, Gandhi possède officiellement le score d’utilisation nucléaire le plus élevé du jeu. Un cas unique où la communauté a écrit un bug, et où le studio l’a implémenté exprès.
8. Le Sang Vicié — World of Warcraft (2005)
Le 13 septembre 2005, Blizzard ouvre le raid de Zul’Gurub et son boss Hakkar, qui inflige un debuff contagieux appelé Sang Vicié (Corrupted Blood). Le sort est prévu pour rester confiné dans le donjon. Mais les familiers des chasseurs et les démons des démonistes pouvaient le contracter, être rappelés, puis réinvoqués en ville… encore infectés.
En quelques heures, Orgrimmar et Forgefer sont jonchées de cadavres. Les personnages de bas niveau meurent instantanément, les PNJ deviennent des porteurs sains, les joueurs fuient les capitales. Certains propagent volontairement la maladie, d’autres se portent volontaires pour soigner les contaminés. Il a fallu une semaine et plusieurs redémarrages de serveurs pour y mettre fin.
L’épisode est devenu un véritable cas d’étude scientifique : un article publié en 2007 dans la revue The Lancet Infectious Diseases, signé par les épidémiologistes Eric Lofgren et Nina Fefferman, analyse l’incident comme un modèle de comportement humain face à une pandémie. Un bug de MMO cité par des chercheurs en santé publique, c’est unique dans l’histoire.
9. Le Backwards Long Jump — Super Mario 64 (1996)
Le BLJ est le bug qui a fondé le speedrun moderne. Dans Super Mario 64, le saut en longueur conserve la vitesse de Mario. Effectué à reculons sur une pente ou un escalier, le jeu ne plafonne pas la vitesse négative : en martelant le bouton de saut, Mario accumule une vitesse absurde qui lui permet de traverser les portes verrouillées et de contourner les escaliers infinis du château.
Résultat : il est possible de battre Bowser avec 0 étoile au lieu des 70 requises. Nintendo a corrigé le bug sur la version Shindou japonaise et sur la DS, mais sur la cartouche N64 originale, il fonctionne toujours. Si tu veux voir à quel point Mario a changé le jeu vidéo, notre top 30 des meilleurs jeux vidéo de tous les temps le replace dans l’histoire.
10. Le wavedash — Super Smash Bros. Melee (2001)
Melee devait être un party game pour toute la famille. Il est devenu un jeu de compétition hardcore encore joué en tournoi plus de vingt ans après sa sortie, en grande partie grâce à un bug. Le wavedash consiste à effectuer une esquive aérienne en diagonale vers le sol juste après un saut : la physique du jeu fait glisser le personnage sur quelques centimètres, sans animation de marche.
Masahiro Sakurai, le créateur, a reconnu que cette glissade n’était pas intentionnelle mais a décidé de la laisser, la jugeant inoffensive. Les joueurs compétitifs en ont fait l’outil de déplacement le plus important du jeu. Nintendo l’a retiré dans Brawl, et la scène Melee ne lui a jamais pardonné. Pour les amateurs de bagarre à plusieurs, notre top 25 des meilleurs jeux rétro multijoueurs te donnera d’autres idées.
11. Le pause trick — Mega Man (1987)
Le premier Mega Man sur NES est réputé pour sa difficulté, et pour un bug qui la pulvérise. En tirant le Thunder Beam d’Elec Man sur un boss, puis en mettant le jeu en pause et en reprenant à répétition, les dégâts sont appliqués plusieurs fois par le même projectile. Le Yellow Devil, l’un des boss les plus détestés de l’histoire de la NES, tombe en quelques secondes.
La cause tient aux frames d’invincibilité : la pause réinitialise le compteur qui empêche un ennemi d’être touché deux fois de suite, mais pas la position du projectile. Capcom a corrigé le bug dès Mega Man 2. Le pause trick reste l’exemple parfait du “bug de survie” que toute une génération a appris de bouche à oreille.
12. Vanish + Doom — Final Fantasy VI (1994)

Square a livré l’un des plus grands RPG de la Super Nintendo avec une faille béante dans son système de combat. Lancer Vanish (invisibilité) sur un ennemi le rend insensible aux attaques physiques, mais le jeu considère alors que toutes les magies le touchent automatiquement, y compris Doom (mort instantanée) et X-Zone, normalement inefficaces sur les boss.
Vanish puis Doom : n’importe quel boss du jeu meurt sur-le-champ, à l’exception des quelques-uns qui sont immunisés aux deux sorts. Ce bug a profondément marqué la communauté FF, au point que Square l’a corrigé dans les rééditions GBA et suivantes. Sur la cartouche originale, il fonctionne toujours parfaitement.
13. Ermac — Mortal Kombat (1992)
Ermac est un cas d’école de faux bug devenu personnage officiel. Dans le premier Mortal Kombat en arcade, un écran de diagnostic affichait la ligne “ERMACS”, abréviation de “Error Macros”, un compteur d’erreurs. Les joueurs y ont vu la trace d’un ninja rouge secret, et un magazine a publié une fausse capture d’écran.
Midway a d’abord joué le jeu en glissant le message “Ermac does not exist” dans Mortal Kombat II, puis a cédé en créant réellement Ermac dans Ultimate Mortal Kombat 3, avec un scénario sur mesure : une entité composée d’âmes fusionnées. Un personnage né d’une ligne de debug mal interprétée, qui figure aujourd’hui dans Mortal Kombat 1 (2023). Pour les autres pépites de l’ère 16 bits, notre top 30 des meilleurs jeux Mega Drive couvre la période.
14. Le tilt glitch — GoldenEye 007 (1997)
Ce bug-là n’est pas logiciel mais physique. Sur Nintendo 64, en inclinant légèrement la cartouche de GoldenEye pendant une partie, le contact avec les broches se dégrade et les données de texture ne sont plus lues correctement. Les personnages continuent de bouger, mais leurs corps se déforment en pics de polygones qui s’étirent dans toutes les directions.
La scène où James Bond lève les bras vers l’infini en pleine mission est devenue un meme bien avant que le mot existe. D’autres jeux N64 produisent des effets similaires, mais GoldenEye reste la référence absolue, avec sa cinématique d’intro transformée en œuvre d’art abstrait.
15. Les géants catapultes — Skyrim (2011)
Les jeux Bethesda sont un catalogue de bugs cultes à eux seuls, mais aucun n’a eu l’impact des géants de Skyrim. Un simple coup de massue envoie la victime à des centaines de mètres dans le ciel, parfois hors de la carte, dans un ragdoll digne d’un dessin animé.
La physique du jeu applique la force du coup après la mort du personnage, sans aucune limite de vitesse sur un corps devenu inerte. Bethesda n’a jamais corrigé le phénomène, préférant le laisser comme marque de fabrique. Il figure encore dans l’Anniversary Edition de 2021, et la communauté le considère désormais comme une fonctionnalité à part entière.
16. La balançoire catapulte — GTA IV (2008)
Une balançoire anodine dans un parc de Liberty City est devenue l’un des lieux les plus visités de GTA IV. En garant une voiture contre les chaînes de la balançoire, les calculs de collision deviennent instables et le véhicule est projeté à travers la ville, parfois à plusieurs kilomètres, avec le conducteur à bord.
Rockstar a corrigé le bug dans un patch, puis l’a réintroduit volontairement dans l’extension The Lost and Damned, tant il était apprécié. Un rare cas où les joueurs ont réclamé le retour d’un bug, et où l’éditeur a obéi.
17. La Donkey Lady — Red Dead Redemption (2010)
Un modèle 3D mal assigné, et voilà une légende. Dans Red Dead Redemption, un ânon de Blackwater affichait un buste de femme à la place de sa tête, en gardant l’animation d’un animal. Les joueurs pouvaient le monter comme une monture normale, et la scène a fait le tour du monde.
Le bug provient d’une erreur dans la table qui associe un modèle de personnage à un modèle d’animal. Le même défaut a produit un Bird Man (un homme volant comme un oiseau) et un Cougar Man. Rockstar a corrigé la Donkey Lady, mais elle reste l’un des glitchs les plus photographiés de la génération PS3/Xbox 360.
18. Les visages sans peau — Assassin’s Creed Unity (2014)
Unity devait être la vitrine technique de la nouvelle génération. À sa sortie, les joueurs se sont retrouvés face à des PNJ parisiens dont le visage n’était plus qu’une paire d’yeux et une mâchoire flottant dans le vide. La texture du visage ne se chargeait pas, laissant apparaître la géométrie sous-jacente.
Le bug est devenu l’image emblématique des lancements ratés de la décennie et a coûté cher à Ubisoft, qui a offert un DLC gratuit et un jeu en compensation. Il a aussi lancé une discussion durable sur la culture du “patch day one” et le sacrifice de la stabilité au profit des dates de sortie.
19. Le Super Bounce — Halo 2 (2004)
Dans Halo 2, en s’accroupissant au moment précis où le Master Chief atterrit sur certaines jonctions de polygones, le joueur était propulsé à des dizaines de mètres de hauteur. Le moteur physique, pris en défaut par un point de collision incohérent, interprétait le contact comme une impulsion verticale colossale.
Le Super Bounce a ouvert les cartes multijoueurs à des zones jamais prévues : toits, falaises, hors-limites. Bungie a fini par corriger la faille, mais elle a inspiré des années de vidéos “map glitching” sur les premiers forums Xbox Live. Pour les nostalgiques, notre dossier sur les meilleurs remakes de jeux rétro revient sur la version Anniversary.
20. Cyberpunk 2077 — Le festival de T-poses (2020)
Le lancement de Cyberpunk 2077 est devenu la référence moderne du jeu sorti trop tôt. Personnages figés en T-pose (bras tendus, posture par défaut quand une animation ne charge pas), voitures encastrées dans le sol, PNJ sans pantalon, cinématiques qui se jouent sans le joueur à l’écran. Sur PS4 et Xbox One, Sony a retiré le jeu de son store pendant six mois.
CD Projekt Red a mis trois ans et une extension (Phantom Liberty) pour retourner l’opinion. Ce qui rend ces bugs cultes, c’est leur ampleur médiatique : ils ont généré des millions de vues, une action collective d’investisseurs et un documentaire. La preuve que même en 2020, un bug peut écrire l’histoire d’un jeu avant le jeu lui-même.
Bug devenu feature : les cas où les développeurs ont dit oui
Ce qui frappe dans cette liste, c’est le nombre de bugs officiellement adoptés par leurs créateurs. Voici les plus marquants :
| Bug | Jeu | Décision du studio |
|---|---|---|
| Combos | Street Fighter II | Conservé, devenu le pilier du genre |
| Aliens qui accélèrent | Space Invaders | Conservé, devenu la courbe de difficulté |
| Gandhi nucléaire | Civilization | Implémenté volontairement dans Civ V |
| Ermac | Mortal Kombat | Transformé en personnage jouable |
| Wavedash | Smash Bros. Melee | Toléré, puis retiré dans Brawl |
| Balançoire | GTA IV | Corrigé, puis réintroduit dans le DLC |
| Géants catapultes | Skyrim | Jamais corrigé, assumé par Bethesda |
Dans un livre de 2021 consacré aux erreurs dans les médias, les chercheurs Nele Van De Mosselaer et Nathan Wildman défendent l’idée que des glitchs comme MissingNo. font partie intégrante de l’œuvre, au même titre qu’un easter egg délibéré. Le bug culte n’est plus un accident : c’est un patrimoine.
Comment revivre ces bugs cultes aujourd’hui
La bonne nouvelle, c’est que la grande majorité des bugs rétro de cette liste sont encore reproductibles, à condition de jouer sur les versions originales. Les rééditions officielles corrigent souvent les failles : le BLJ a disparu sur DS, Vanish + Doom sur GBA, le Minus World sur certaines compilations.
Pour les retrouver dans leur jus, plusieurs pistes :
- Les cartouches et bornes d’origine, si tu as la chance d’en posséder (certaines valent une fortune, comme le détaille notre article sur les consoles qui valent le plus d’argent aujourd’hui)
- Les émulateurs fidèles comme MAME ou Mesen, qui reproduisent la mémoire bit à bit
- Les consoles retro modernes préinstallées, qui embarquent les ROM originales non patchées
Chez Astra Retrogaming, l’Astra-Core te donne accès à plus de 23 000 jeux d’arcade avec les ROM d’époque : le kill screen de Pac-Man, celui de Donkey Kong et les menottes de Guile sont là, intacts. L’Astra-Heroes, avec ses 90 000 jeux de la NES à la PS2, couvre le Minus World, MissingNo., le BLJ et le wavedash. De quoi vérifier chaque entrée de ce classement par toi-même, sur une seule machine.
D’autres classements à explorer sur notre blog
Pour continuer le voyage dans l’histoire du retrogaming, on te recommande ces articles :
- Les 22 meilleurs jeux d’arcade de tous les temps
- Top 30 des meilleurs jeux vidéo de tous les temps
- Top 50 des jeux vidéo les plus vendus
- Top 30 des meilleurs jeux Mega Drive
- Top 30 des meilleurs jeux Atari
- Les meilleurs émulateurs rétrogaming pour PC et Android
Le mot de la fin
Un développeur de Street Fighter II a confié un jour que pour un programmeur, un bug est une honte totale. Il avait tort sur un point : certaines hontes deviennent des monuments. MissingNo. a sa page dans les encyclopédies, le Sang Vicié est cité dans des revues médicales, Gandhi lance des missiles nucléaires dans six jeux de suite parce que les joueurs l’ont décidé.
Les bugs devenus cultes rappellent une vérité simple : un jeu vidéo n’appartient jamais tout à fait à ceux qui l’ont écrit. Il appartient à ceux qui l’ont cassé avec amour. Alors branche ta console retro gaming, lance Super Mario Bros., place-toi contre ce mur de briques du monde 1-2… et va voir par toi-même ce que cache le monde -1.
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